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Pourquoi tu n’éteins pas ta musique?

Vous vous demandez POURQUOI ça tombe sur vous. Encore un de ces jeunes, armé de son téléphone portable bruyant, qui monte dans votre rame de tramway. Ce jeune garçon, qui aurait pu vous sembler sympathique au premier abord, est devenu votre hantise depuis qu’il s’est assis derrière vous. A défaut de pouvoir le mettre en « mute », Marie-Line Felonneau, maître de conférences en psychologie sociale à l’université Bordeaux II, nous explique le pourquoi de ce bruit.

La rue joue le rôle de transition entre le dedans, familier et privé, et le dehors qui est quant à lui public et étranger. Marie-Line Felonneau dans son article décrit la rue comme un théâtre, un lieu de découverte du monde, « une scène où les adolescents projettent leurs rêves, leurs fantasmes et leurs conflits intérieurs ».

Effectivement vous n’êtes pas dans la rue mais dans le tram, obligés d’écouter une musique mal amplifiée qui ne correspond en aucun cas à vos goûts musicaux. Seulement la rue comme les transports en commun, même s’ils sont conçus dans un  but pratique: celui de se déplacer, sont des lieux de socialisation. Selon la sociologue, tous les travaux portant sur les pratiques adolescentes de la rue, telle le skate ou le hip hop, le montrent : « la rue sert de support à la mise en scène du rapport de soi à autrui ».

Les adolescents s'expriment dans la rue - Photo Rosenwok

Et là vous sentez que l’on touche au but. La rue est le lieu par excellence où les jeunes se donnent à voir et à entendre. Souvent en bande, ils cherchent à se démarquer du milieu urbain. De là découle les observations que l’on peut faire tous les jours dans le tramway, même si la sociologue a fait ce travail à l’envers. «  Que se soit par le bruit (voix hautes, engins pétaradants, autoradios poussés à fond) ou par la tenue vestimentaire, les adolescents montrent un souci constant de se démarquer des adultes, voir de les choquer ».

Publié en 2003, l’article n’aborde pas le cas des téléphones portables poussés à fond, mais l’on peut, je pense, l’ajouter à la liste. Alors tout ce ramdam ne serait ni plus ni moins destiné à nous faire reconnaître  et respecter, réellement et symboliquement, leur place ?

Un graff sur le bord de la rocade - Photo Rosenwok

En réalité la jeunesse s’exhibe dans la ville, seul lieu non régi par l’emprise parentale ou scolaire. La rue est perçu comme le seul lieu libre et affranchi de contraintes. Ils n’éteindront donc pas leur musique, jusqu’à ce qu’ils grandissent et découvrent les règles du « vivre ensemble » qui règlent la vie de tous les adultes grognons.

Cet article est une interprétation personnelle de l’article de Marie-Line Felonneau intitulé « Marginalité construite et inscription identitaire adolescente » et tiré du livre Patrimoine, Tags et graffs dans la ville,  publié en 2003 aux éditions Scérén.

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